Lundi, nous vous dévoilions que les pouvoirs publics étaient mécontents des chiffres de la réforme 100% en optique. Ceux-ci indiquent, parmi les équipements délivrés depuis le 1er janvier 2020, environ 5% de panier A et 5% de panier mixte. De ce fait, des contrôles sont menés en magasin afin de vérifier le bon respect de la réforme. Nous avons demandé aux syndicats d’opticiens (Rof, Fnof, Synom) leur avis sur ces informations.

 

Alain Gerbel, président de la Fédération nationale des opticiens de France (Fnof)

« La Fédération n’a pas signé le protocole mettant en place cette réforme. Elle tient à rappeler aujourd’hui que les signataires, y compris l’Etat, s’étaient engagés à développer une grande campagne de communication. Rien n’a été fait. La Fédération a toujours exprimé le fait que cette offre n’était pas positionnée sur le marché.

Dire aujourd’hui que le 100% Santé est concurrencé par les offres sans reste à charge des réseaux relève d’une vision simpliste des choses. En effet, les offres d’entrée de gamme des réseaux représentent moins de 8% des volumes. Il est vrai qu’il faudrait ajouter à cela les offres commerciales des enseignes qui, elles, ont bénéficié de campagnes nationales d’envergure. De toute façon, le compte n’y est pas. Cette mesure était mal calibrée, il faut aujourd’hui en être conscient.

Au regard de cela, les équipements délivrés dans le cadre de la CSS en optique ont donné satisfaction à la population pendant 20 ans, ce qui est loin d’être le cas pour les autres paniers de l’offre CSS. Quel est l’objectif recherché ? Fournir un équipement basique à l’ensemble de la population n’est pas la réponse qu’attendaient les Français. Il faut donc repartir du panier CSS, de ce qui a fait son succès : la liberté de choix de la monture et la liberté de dépasser les tarifs à la demande des consommateurs. Les Français ne veulent pas d’une santé basée sur un modèle collectif et imposé.

Il est inacceptable de vouloir faire porter le chapeau aux opticiens. La multiplication des contrôles depuis le début de l’année n’est pas une bonne chose. Il faut savoir reconnaître ses erreurs, cela serait la moindre des choses. Cette mesure a été imposée en quelques mois, sans tenir compte des propositions des syndicats. De plus, toutes les mesures d’accompagnement, réforme de la formation, reprise du cadre légal d’exercice de l’opticien, rien n’a été engagé. La Fédération souhaite que dans les plus brefs délais le comité de suivi prenne en compte cet échec et se mette au travail afin de donner satisfaction aux Français. »

 

Thibaut Pichereau, délégué général du Rassemblement des Opticiens de France (Rof)

« Nous sommes surpris de l’évocation de nouveaux chiffres sur le suivi du taux de 100% Santé alors que nous n’avons pas eu de comité de suivi récemment. Or, il avait été annoncé par le ministère de la Santé que c’est justement là que serait présenté et discuté ce suivi statistique.

Deux points majeurs nous interpellent dans l’analyse émanant de la DSS :

  1. D’abord, ce chiffre de 10% (part du 100% Santé dans les ventes d’équipements, ndlr) : lors du comité de suivi de septembre, la DSS avait annoncé que 17,7% des équipements délivrés relevaient du 100% Santé, ce qui collait avec nos chiffres (18,1%). Nous supposons donc, et c’est pour nous la seule explication possible, que les 7 à 8% manquant sont les porteurs CSS ayant recours à l’offre 100% Santé, omis par la DSS.
  2. Ensuite, il y a les 5% de paniers mixtes, exclus par la DSS de ce qu’elle considère comme « les bons paniers 100% Santé ». Or, il est nécessaire de le rappeler, c’est cette même DSS, soutenue par le gouvernement et plusieurs participants de la concertation, qui avait imposé cette possibilité de « panachage », en dépit des alertes des professionnels de santé sur les effets paradoxaux que cela allait engendrer sur la réussite du 100% Santé.

Pour ce qui est de l’enquête mise en œuvre par la DGCCRF, elle n’est pas liée au taux de délivrance du 100% Santé, puisqu’elle avait été annoncée au comité de suivi 100% Santé de février 2020 et prévue au 1er semestre de l’année dernière. Son lancement avait été repoussé en raison du Covid-19. Les remontées de nos adhérents et des premiers PV de la DGCCRF indiquent que les opticiens, depuis le départ, sont presque tous en adéquation avec la réforme et délivrent le bon devis avec la mention d’une offre 100% Santé. 99% d’entre eux jouent le jeu. »

 

Véronique Bazillaud, déléguée générale du Syndicat national des centres d’optique mutualistes (Synom)

« Le Synom affiche son étonnement par rapport à ces chiffres qui sont grandement en-dessous de ceux donnés en septembre lors du dernier comité de suivi de la réforme. Franck Von Lennep (directeur e la DSS), nous indiquait un taux de 12,7% d’équipements de panier A et de 5% de panachages, soit 17,7%. Il nous disait aussi qu’il y avait une part importante de clients CSS.

L’explication est sans doute là, car je ne vois pas comment et pourquoi les gens auraient changé de pratique du jour au lendemain. Le Synom reste attaché à la santé visuelle sans reste à charge, et Olivier Véran avait insisté sur le fait que cette offre était pour tous, et pas seulement pour les CSS. Ces chiffres veulent peut-être justement montrer la part du 100% Santé hors-CSS.

L’offre séduit une bonne partie des Français, même si je pense qu’on n’ira pas au-delà des 20%. Les gens savent de quoi on parle, et les opticiens jouent le jeu. Les contrôles effectués par la DGCCRF sont une bonne chose et vont mettre cela en évidence, ils vont rétablir la vérité.

Maintenant, on attend le prochain comité de suivi de la réforme. Il a lieu le 16 février pour l’audio, il devrait suivre peu de temps après pour l’optique. »