Mardi 15 septembre s’est déroulé le comité de suivi du 100% Santé. Prévu de longue date pour faire le point sur la réforme, il s’est tenu au lendemain de la parution du rapport IGAS sur la filière visuelle, dont la pertinence a été saluée pendant le comité. Alain Gerbel, président de la Fédération nationale des opticiens de France, a commenté cette réunion.

Acuité : Qu’est-il ressorti du comité de suivi ?

Alain Gerbel : Il y a eu des confusions au niveau des chiffres. Il y a des écarts dus à des méthodes de calculs différents. Les flux de la CNAM ont diminué car, pour 9 centimes d’euros, certains ne font plus de demandes de transmission. La DSS dit : 17% des équipements remboursés sont des équipements de panier A. Mais cela ne veut pas dire que 17% des équipements délivrés sont de panier A.

A. : Et donc, quel bilan en tire la FNOF ?

A.G. Nous avions raison quand nous disions que cette réforme ne pourrait pas fonctionner. Les mesures doivent être assouplies pour qu’elle réussisse. Il faut que la totalité de la population bénéficie d’une offre satisfaisante avec un reste à charge nul ou faible, et ne pas vouloir destiner cette mesure uniquement aux CMU. C’est impossible à mettre en place avec un système fixe et rigide qui interdit tout dépassement de tarifs et, de surcroît, est boycotté par certains organismes complémentaires.

A. : Que faut-il changer ?

A.G. : Il faut prendre des mesures, comme le tiers payant généralisé sur le panier A, ou l’autorisation de dépasser les prix limite de vente tout en les encadrant par la loi. Il faut impérativement se rediriger vers un système qui a fait ses preuves, comme celui de la CMU avec un guichet unique pour tous les assurés. Le ministre de la Santé a aussi dit qu’il fallait mettre en place une communication intelligente et positive, c’est à dire qui explique les règles de renouvellements.

A. : À propos des capacités de l’opticien, il y a le rapport IGAS, paru en début de semaine…

A.G. : C’est un très bon rapport, équilibré et qui a eu le mérite de remettre l’église au centre du village : il a permis d’expliquer à certaines professions que l’État et la solidarité nationale n’étaient pas là pour assumer leur rente de situation. Ce rapport est conforme à ce que nous attendions. La majorité des 11 propositions que nous avions faites ont été retenues et nous nous félicitons notamment des mesures sur la formation.

Maintenant, il faut une mise en place rapide de règles d’exercice. Tout ce qui concerne la durée de validité des ordonnances, les renouvellements et la prescription peut se faire vite par décrets, arrêtés ou au sein prochain PLFSS. Pour la formation, ce sera plus long. Il faudra compter au moins 2 ans pour que les premières mesures apparaissent. Mais il faudra que la profession soit suffisamment unie pour travailler dessus.

A. : Quelles seront les conséquences pour l’opticien ?

A.G. : Les positions des différentes professions ne sont pas menacées, il n’y a pas remise en cause du rôle du médecin car les besoins en santé visuelle sont conséquents. Le seul problème est démographique avec des ophtalmologistes vieillissants et des opticiens extrêmement jeunes. D’où l’importance de mener une réflexion sur la formation, pour utiliser toutes les compétences. Ce rapport IGAS nous donne des ouvertures colossales.

Certains vont dire : « Qu’est-ce que ça va me rapporter ? ». Les pouvoirs publics, eux, souhaitent ancrer l’optique dans le monde de la santé. Mais cela va avoir des répercussions. Qui dit responsabilités dit autonomie, indépendance et surtout garanties à apporter : de nouvelles assurances professionnelles, une formation du personnel, la mise en place de matériels, etc.

Il faut notamment se préparer à voir entrer dans notre quotidien la télémédecine – et non la téléconsultation. Et il faut le faire en partenariat avec les ophtalmologistes et les orthoptistes, il faut une articulation parfaite entre les trois O. Une réflexion doit être menée avec une vraie feuille de route, sinon on va se retrouver avec quelque chose de déséquilibré.